Homélie du 4e Dimanche de Carême Enregistrer au format PDF

Père Guillaume de Montgolfier
Dimanche 22 mars 2020
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aveugle Arcabas

Homélie pour le 4e dimanche de carême A 22 mars 2020.

Dans les lectures d’aujourd’hui, il me semble qu’il est question de regard, et surtout de la manière de regarder. Nous avons entendu dans la première lecture le récit du choix de David par le prophète Samuel. Et il y a dans ce choix une remarque qui m’a toujours surprise. On voit dans le début du récit que Dieu ne regarde pas à comme les hommes, puisqu’il ne choisit pas les premiers qui sont de haute taille et de belle apparence. Pourtant, un peu plus loin, lorsque Dieu dit : « c’est lui » pour désigner David, le texte dit précise que David était beau. Est-ce que Dieu serait schizophrène ? il pense une chose et son contraire ? Je ne crois pas, c’est donc qu’il y a une autre manière de comprendre ce choix de David. C’est l’Evangile de ce jour qui m’invite à comprendre différemment aujourd’hui cette mention de la beauté de David. L’Evangile nous invite à avoir une bonne vue. Et lorsque l’on regarde ce qui est dit de David voici ce qui est écrit : « il était roux, il avait de beaux yeux, il était beau ». Si l’auteur prend la peine de mentionner que David était roux, c’est bien que cela a une importance. Et en effet, on peut penser qu’à cette époque et dans cette zone géographique, être roux, ne devait pas être fréquent. On peut donc supposer que David ne correspondait pas forcément aux critères de beauté en vigueur à l’époque, ce qui nous invite à penser que l’indication qu’il avait de beaux yeux peut être à comprendre comme un signe de son regard sur le monde, une bonne manière de regarder le monde, plus qu’une indication esthétique. Et d’ailleurs ne dit-on pas que le regard est le reflet de l’âme ? Ce qui est beau chez David, c’est son cœur et la suite le montrera : il sera un grand roi qui fera de la place à Dieu dans sa vie, même s’il commettra aussi des erreurs. La lumière, le regard voici donc le point d’attention pour ce dimanche au cours duquel les catéchumènes devaient vivre un scrutin qui les amèneraient à Pâques. Cette année, tout cela est chamboulé, mais en contemplant l’aveugle invité à aller laver la boue de ses yeux à la piscine de Siloé, nous sommes invités à nous rappeler que c’est l’eau du baptême qui nous libère de nos péchés, de nos aveuglements. Attention, il faut bien comprendre que cet aveuglement subit depuis sa naissance par cet homme n’est pas une punition pour des péchés qu’il aurait commis. C’est bien ce que dit Jésus en répondant à ses disciples qui se demandent si c’est lui qui a péché, ou bien ses parents. On pourrait se demander aujourd’hui aussi, si le monde a péché pour recevoir une telle punition à travers ce virus. Mais le Christ rappelle qu’à travers son épreuve, les œuvres de Dieu se manifeste en lui. Là aussi, c’est notre manière de regarder qui est en cause, nous pouvons nous affliger devant l’épreuve de cet aveugle, ou bien repérer que Dieu agit pour le bien à travers son épreuve. Cet aveugle guéri est l’image des catéchumènes qui se laissent illuminer par le Christ et qui entrent dans la foi. L’aveugle est pour nous un signe et un appel à le suivre dans sa profession de foi. D’ailleurs la question de la foi, c’est bien cela qui est derrière la question des pharisiens. Est-il digne de foi cet aveugle guéri ? On pourrait dire qu’ils font du fact checking avant l’heure ! en menant leur enquête pour savoir ce qui se trame derrière cette guérison. Mais on voit aussi qu’ils mettent en œuvre un défaut que l’on retrouve aujourd’hui encore face aux réseaux sociaux. Face à une information qui m’arrive, je peux avoir tendance à appliquer un biais de confirmation, c’est-à-dire que je vais avoir tendance à croire plus facilement ce qui m’arrange, ce qui rejoint mes propres convictions, et inversement à ne pas écouter ce qui viendrait me remettre en cause. Les pharisiens ne veulent pas croire que Jésus puisse être le Messie, « ce n’est pas possible voyons, un messie ne ferait pas des miracles le jour du Sabbat ! » A nous de nous poser la question, comment regardons-nous les autres, comment regardons-nous le monde ? Est-ce que nous avons déjà un avis prédéfini, ou bien tentons nous de voir ce qui est bon, de voir ce qui est ? Les pharisiens s’y refusent, c’est en cela que le Christ leur dit que leur péché demeure, parce qu’ils refusent de reconnaitre qu’ils sont aveuglés par le péché, qu’ils n’ont qu’une partie de la vérité, et que le Messie peut bien venir en dehors de leurs normes. Pour nous c’est une invitation à l’humilité dans nos rapports avec les gens. Certes nous avons rencontré le Christ, et nous lui disons « je crois », mais nous courrons toujours le risque de penser tout savoir, avoir la vérité, la pleine lumière. On le voit bien ces jours-ci sur les réseaux sociaux, on trouve beaucoup de personnes qui se déclarent sachant, qui pensent détenir la vérité sur tout… et son contraire ! Ce risque nous guette toujours, restons attachés à l’humilité, à l’écoute bienveillante de l’autre, mais aussi au bon sens. Si nous sentons que ce qui nous est dit n’est pas juste, osons le dire. L’aveugle guéri ose bien répondre aux pharisiens : « est-ce que vous aussi, vous voulez devenir ses disciples ? » Il met ainsi les pharisiens devant leurs contradictions. Et ils n’aiment pas trop ça ! Alors acceptons parfois de nous laisser bousculer et avant tout par la parole de Dieu. Alors restons accroché à la foi en Christ, c’est lui qui nous ouvre le regard, et qui nous aide à poser un beau regard sur le monde, un regard aimant.

Père Guillaume de Montgolfier

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