Recueil de lectures estivales pour préparer la rentrée par Sylvie.

« CHANTEZ AU SEIGNEUR UN CHANT NOUVEAU »

L’appel du psalmiste est toujours d’actualité !
dimanche 11 juin 2017
par  Sylvie Jugand
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  Damien SAVOY

, organiste et chef de chœur à Neuchatel (Suisse) : «  Mais que dit donc Vatican II au sujet de la musique ? Si l’on pose la question à la sortie d’une église, les réponses risquent de tourner autour de la fin du latin et de l’abandon du grégorien, conséquences que l’on observe aujourd’hui très largement dans nos liturgies. La réalité est un peu différente. Le point qui a le plus transformé la liturgie, c’est la participation active des fidèles.

De là est née la pratique actuelle de laisser à l’assemblée une place prépondérante dans le chant, qui devient une pratique unificatrice et un acte de foi communautaire. Mais le texte mentionne aussi le silence sacré comme une forme de participation. Si, après avoir chanté à pleine voix et de tout cœur, l’assemblée reste silencieuse pendant que le chœur chante un motet de Palestrina, une messe de Mozart ou une hymne grégorienne, c’est encore de la participation active…

… Dans le fond, dans l’application de Vatican II, on assiste à une sorte de querelle des anciens et des modernes. On croit, à tort, que le concile a tout révolutionné sur le plan liturgique. Il n’en est rien : il a seulement demandé une plus grande participation des fidèles et autorisé certains usages concernant, notamment, la langue moderne.

Mais il n’a pas interdit le latin et encore moins le grégorien et ne donne pas la primauté à la guitare et à la batterie sur l’orgue. Il n’a pas relégué à la salle de concert les perles de la musique sacrée, cultivées depuis plus d’un millénaire dans nos églises. La liturgie postconciliaire a le droit, et même le devoir d’être belle. »

JPEG - 118.4 ko -* De son côté,

  Jo AKEPSIMAS

, l’un de nos plus prolifiques compositeurs de musique liturgique des 50 dernières années (Quel chrétien n’a en tête Dans le soleil ou le brouillard, Peuple de frères, Reviendra-t-il marcher sur nos chemins ? ou encore Laisserons-nous à notre table ?), a écrit un essai sur LES MUSIQUES ACTUELLES CHRETIENNES (MAC) CÔTE PAROLES (Prétexte pour réfléchir à la place des paroles dans une chanson ou un chant qui se veulent « chrétiens »… )

"UN BRIN D’HISTOIRE

… Un rapide regard historique sur le chant liturgique et la chanson d’inspiration chrétienne en France permet de noter que le concile Vatican II a favorisé l’inculturation de l’expression de la foi, en particulier par l’utilisation des langues vernaculaires dans la Liturgie. On a improprement nommé ce courant « musique rythmée », sans doute en raison de l’utilisation – jusque-là impensable – d’instruments autres que l’orgue (guitare, saxo, batterie, etc…).

Dans l’immense production des années 70-80 on peut à juste titre déplorer un grand nombre de déchets et de ratages, tant sur le plan des textes, que sur celui des musiques. Ce courant a vu naître des chanteurs-animateurs, dont certains sont regroupés de manière informelle dans le groupe « Chanteurs en Eglise ». Ils pratiquent le chant liturgique et/ou la chanson religieuse et donnent des « veillées » à travers le pays.

… Dès le début des années 80, le besoin s’est fait sentir de revenir (en ce qui concernait le chant proprement liturgique) à des formes et des styles plus « sages », traditionnels, plus proche du choral. Le répertoire Berthier-Rimaud a fortement marqué cette période avec des chants de qualité. On peut néanmoins observer que les textes sont devenus plus conventionnels, moins inspirés que ceux des années 70.

JPEG - 37.9 ko Le développement du Renouveau et des communautés nouvelles (les mouvements charismatiques entre autres), a favorisé l’éclosion d’un nouveau répertoire de chants. Comme par réaction au répertoire des années 70, que l’on ne trouvait pas assez fervent, pas assez « pieux ». Par réaction également à une liturgie que l’on estimait sclérosée à la suite de Vatican II, (réaction typique des mouvements de « Réveil »), l’accent a été mis sur la louange, l’adoration, la piété, la dévotion et, par voie de conséquence, sur l’emploi parfois exclusif d’un vocabulaire biblique, liturgique et/ou dévotionnel sans recherche poétique. Avec parfois un lien texte-musique problématique et des « torsions » inélégantes sur le plan de la prosodie (accentuation inappropriée des syllabes, ne correspondant pas à la prosodie communément admise).

Les JMJ (Journées Mondiales de la Jeunesse) ont sans doute joué un rôle déterminant dans l’essor des MAC, surtout à partir des années 1997. Le vaticaniste John Allen considère que les JMJ marquent la montée en puissance d’un courant qu’il qualifie (avec d’autres observateurs) « d’évangélisme catholique ». Allen indique qu’un des points marquants et visibles de ce nouveau courant sont la défense de l’identité et des enseignements catholiques traditionnels : orthodoxie doctrinale, remise à l’honneur de la liturgie et des dévotions catholiques.

LES PAROLES DANS LES MAC

JPEG - 49.3 ko La louange n’a pas été inventée par la « pop louange » des MAC, ni par les courants pentecôtistes, ni par les mouvements du Renouveau ! Nous l’avons héritée de la tradition juive. La Bible y consacre un livre entier : les Psaumes, dont le titre en hébreu, « Sefer Tehillim », signifie « Le Livre des Louanges ».

… On peut déplorer que dans les chansons de certains groupes des MAC – surtout ceux de la « pop louange » et des « chansons-cantiques » - on trouve peu de « textes », peu de travail poétique abouti, peu de créations, au sens strict du terme. S’agit-il d’un parti-pris ou bien d’une insuffisance créative ?

… La question dépasse les groupes de MAC. C’est un fait : la tendance actuelle (que l’on repère également dans l’écriture des paroles de chants liturgiques ou bien dans les répertoires des communautés nouvelles) privilégie soit les citations et les formules, soit l’emploi d’un langage « clos » - contrairement à la poésie dont le langage est « ouvert » (symbolique). La plupart des textes actuels utilisent un vocabulaire « pieux », « dévotionnel », « didactique », où la dimension poétique est quasi absente. Avec répétition (rabâchage) de formules usées (de clichés) qui finissent par donner une impression de « langue de bois ».

… Quelle explication donner à ce phénomène ? Le repli identitaire que l’on constate dans l’Eglise depuis une trentaine d’années – réaction naturelle à la déchristianisation – amène à se réfugier dans les « valeurs sûres » d’un langage didactique ou catéchétique « clos » - celui des « vérités chrétiennes » - (« catéchisme » plutôt que « catéchèse » !). Du coup, on écarte les risques d’un langage « ouvert » (symbolique), dont l’interprétation pourrait être large et qui, par ailleurs, suppose la connaissance, même rudimentaire, des « textes-sources » bibliques.

… Il semble que seule la créativité musicale caractérise les groupes de « musique chrétienne » ou MAC. Du côté des paroles – surtout dans les deux premiers courants (« pop louange » et « chansons-cantiques ») – on constate plutôt banalité et frilosité…

… Nous avons déjà signalé plusieurs fois l’ambiguïté de la ferveur-émotion lors d’une réunion de « pop-louange. Il nous semble qu’en ne gardant dans un texte de « pop louange » que les impératifs (Bénissez-le, Adorez-le, Louez, etc …), et en passant sous silence l’élément explicatif (les motifs pour louer le Seigneur – et ils sont si nombreux ! – on focalise l’investissement affectif sur l’espace-temps « louange », comme s’il s’agissait d’un moment d’euphorie et ferveur, déconnecté de la vie réelle, et non pas d’un acte de prière.

… Autre exemple : répéter « je veux te bénir », signifie quoi pour quelqu’un qui n’a aucune culture biblique ? Que signifie « bénir » pour moi, aujourd’hui, dans ma vie sociale, familiale et professionnelle ? Est-ce simplement en prononçant avec mes lèvres la formule « je veux te bénir » que je bénis réellement ? Est-ce en entrant dans un état euphorique ? Dès lors, n’y a-t-il pas un risque d’identifier « bénir, louer, prier » avec la chaleur et la ferveur éprouvées lors d’une soirée de pop-louange ?

… Encore un exemple : l’usage du mot « Roi » (mot lourd d’histoire et de contradictions) est fait « hors-sol » (entre ciel et terre, hors culture). Qu’en est-il de la figure royale dans le Premier Testament ? Dans le Nouveau Testament ? Comment a-t-il exercé la royauté ? Qu’en est-il de la fonction « royale » de chaque baptisé ? La signification biblique et chrétienne de ce mot se situe aux antipodes de la signification « civile » (puissance, autorité, arbitraire, pouvoir…) Le Roi Jésus s’agenouille aux pieds de ses disciples ! Et, à sa suite, le baptisé (s’il est « évangélisé » !) doit faire « de même, en mémoire de Lui » ! Rien de tout cela dans les chansons qui invoquent le Roi-Jésus. On laisse le mot, à la discrétion de tout un chacun, produire des contre-sens…

Roi, louer, bénir : ces mots « venus d’ailleurs » ressemblent à des fleurs coupées, sans racines, sans terreau. Elles vont vite se faner…

EVANGELISATION ET CHANSON : STRATEGIE PASTORALE

… La nécessité et le souci pastoral d’une « nouvelle évangélisation » se font sentir d’une manière de plus en plus urgente, en particulier dans les milieux des jeunes. Parmi les « outils » que l’on peut mettre en œuvre à cette fin, le chant et la musique tiennent une place privilégiée.

… Il est cependant indispensable de bien définir la visée de cette évangélisation et d’établir un cahier des charges concernant la manière dont le chant et la musique peuvent se mettre au service de la « Bonne Nouvelle ».

… Aller à une messe où l’on chante comme on peut, au mieux avec un accompagnement d’harmonium, n’attire pas certains jeunes. « Ça craint ! ». Aller à une veillée de « pop louange », où un groupe de rock va « animer » la soirée, c’est autrement plus alléchant.

On pourrait dire, en schématisant, que la musique est davantage vecteur de l’émotion pure (hémisphère droit du cerveau), et que les paroles se tiennent à mi-chemin entre la raison et l’émotion : elles permettent de garder une certaine distance. La musique peut amener au texte ; le texte « travaille » dans le cœur et peut amener à la découverte de la foi. La musique peut jouer le rôle de « pédagogue » (au sens étymologique : celui qui prend l’enfant par la main pour l’amener quelque part).

Dans notre stratégie pastorale, la musique devrait être perçue comme une étape, un passage, et non pas un but. L’acte de prière chantée et accompagnée instrumentalement exige un dosage (un « mixage ») entre le « chaud » et le « froid ». La prière consiste-t-elle dans la recherche de ferveur et du bien-être ensemble ? La Parole de Dieu n’est-elle pas parfois dérangeante, « délocalisante » ? Quelle place laissons-nous à la Parole, si tout est envahi par l’émotion et le plaisir musical ?

Il serait souhaitable que ces musiques émeuvent aux deux sens du terme, littéral et figuré ! Qu’elles nous mettent en mouvement pour que nous soyons au service de l’Evangile dans les milieux où nous vivons. Qu’elles fassent jaillir des émotions qui impriment en nous les vérités évangéliques, mieux que les mots seuls ne sauraient faire…  »

JPEG - 65.4 ko -* Enfin, selon

  le Pape François

, il faut éviter toute vision «  nostalgique » des chants liturgiques, et œuvrer pour que la musique et les chants de messe s’adaptent aux «  langages artistiques et musicaux actuels (…) afin de faire vibrer le cœur de nos contemporains », il est nécessaire de faire en sorte que la musique sacrée et le chant liturgique soient pleinement «  inculturés » dans les langages artistiques et musicaux actuels ; c’est-à-dire qu’ils sachent incarner et traduire la Parole de Dieu en chants, sons, harmonies qui font vibrer le cœur de nos contemporains, en créant également un climat émotif opportun, qui dispose à la foi et suscite l’accueil et la pleine participation au mystère que l’on célèbre.


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