Homélie 1er dimanche de Carême

Poussés par l’Esprit, entrer dans la victoire du Christ
par  Abbé Loïc Le Quellec
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Frères et sœurs,

nous voici donc entrés en Carême depuis mercredi. Comme chaque premier dimanche de Carême, ce dimanche, nous méditons l’évangile des Tentations du Christ. Cette année nous le faisons à partir de l’évangile selon saint Luc. Prenons le temps d’accueillir cet évangile. Laissons-le devenir pour nous Parole de Dieu, nourrissante pour notre vie, stimulante en ce début de Carême.

En ce temps-là, après son baptême, Jésus, rempli d’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable.

Jésus vient juste d’être baptisé par Jean le Baptiste et le voici dans le désert où il va être tenté. Comme Jésus, nous aussi, nous sommes « après le baptême. » Nous avons été baptisés ou bien nous le serons prochainement. Notre baptême n’est pas celui que Jésus a reçu des mains de Jean Baptiste pour le pardon des péchés. Nous avons été ou bien nous serons baptisés dans la mort et la résurrection du Christ. Comme nous le rappellera saint Paul au cours de la veillée pascale, baptisés, nous avons été mis au tombeau avec le Christ pour mener avec lui une vie nouvelle. Cette vie nouvelle, c’est la vie dans l’Esprit.
Poussés par l’Esprit Saint, depuis le jour de notre baptême et de notre confirmation, nous cherchons à entrer dans la victoire du Christ sur la mort et sur toute logique de mort. Cette victoire nous la méditons et nous la contemplons dans le Christ victorieux des tentations au désert. Ces trois tentations de l’évangile sont finalement comme trois logiques mortifères, trois tentations mortifères qu’éprouvent fondamentalement nos cœurs d’hommes et de femmes.
Poussés par l’Esprit, nous voulons vivre de l’Évangile mais notre péché lui résiste. Il nous semble peut-être même parfois qu’il nous domine. Nous voulons vivre en enfants de Dieu et nous voulons considérer ceux qui nous sont proches comme nos frères mais en nous quelque chose nous en empêche. Nous faisons l’expérience du désert. Cette expérience ne doit pas nous faire pas peur. Elle ne doit pas nous décourager. Le Christ y est passé avant nous. Il en est sorti vainqueur et veut nous partager sa victoire.

Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim. Le diable lui dit alors « Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. » Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain. »

Quelles sont ces faims qui nous tenaillent ? N’est-il pas vrai, qu’il y a en nous de ces faims intimes et pulsionnelles, souvent irrationnelles, qui nous poussent à nous mettre tellement au centre de tout et de tout le monde que finalement plus rien ni personne d’autre que nous et nos besoins ne comptent ? De quoi nous nourrissons-nous ? Est-ce que nous nous nourrissons de nos désirs, de nos pulsions, de nos besoins du moment, ou bien apprenons-nous à discerner ce qui est vraiment nécessaire a notre vie ? C’est ici que se nichent si bien tant de logiques qui nous rendent esclaves de nous-mêmes : jalousie, rancune, incapacité à entendre ce que l’autre dit, souci de notre petit confort en pensée, en parole, par action et par omission… Depuis la Genèse, où l’homme cède à la tentation d’un fruit qu’il croit nourrissant, l’homme a tendance à se nourrir de ce qui le séduit et non pas de ce qui comble vraiment sa faim. Il se laisse maîtriser par ce qu’il devrait lui-même maîtriser. Il se rend esclave de ses besoins, de ses pulsions au point qu’il est capable du plus fou… comme de changer des pierres en pain s’il le pouvait…
Jésus répond par l’Écriture, cette Écriture qui nous transmet le projet de Dieu pour l’homme. « l’homme ne vit pas seulement de pain. » Ce petit verset dit le projet de Dieu, c’est la réalisation de ce projet qui rend le Christ vainqueur de cette première tentation. Ce projet nous le contemplons dans un pain qui nourrit l’homme : celui de l’Eucharistie ; un pain qui donne à contempler dans le Christ Dieu qui se donne à l’homme et l’homme qui se donne à Dieu. Cette nourriture rend l’homme libre car elle pousse l’homme au décentrement de lui-même. Pour discerner ce lieu intérieur à partir duquel l’homme apprend à se donner, il nous faut jeûner, jeûner de ces trop-pleins de nourritures inutiles dont nous n’avons pas vraiment besoin et qui nous enferment sur nous-mêmes : télévisions, internet, téléphones, alcool, tabac, drogue, etc… Notre société de consommation et de loisirs ont une fâcheuse tendance à nous installer dans cette recherche du plaisir individuel et narcissique. Comment serons-nous capables de jeûner pour réveiller en nous le désir de Dieu et l’amour de ceux qui nous entourent ?

Alors le diable l’emmena plus haut et lui montra en un instant tous les royaumes de la terre. Il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes, car cela m’a été remis et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. » Jésus lui répondit : « Il est écrit : C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, à lui seul tu rendras un culte. »

Remarquez que le diable emmène Jésus plus haut. On pourrait s’imaginer qu’il l’emmènerait plus bas, mais non il veut emmener l’homme plus haut. Cette deuxième tentation est celle qui murmure à nos cœurs d’hommes et de femmes de prendre le pouvoir sur ceux qui nous entourent qu’importe la manière d’y parvenir, même s’il faut pour cela vendre son âme…
Prenons le temps d’entrer en notre cœur… Cette tentation nous questionne sur notre rapport aux autres. N’est-il pas vrai que nous avons tous une forme de pouvoir les uns sur les autres ? Comment l’exerçons-nous ? Pouvoir de la parole et du regard, pouvoir du mépris et de l’indifférence. Pouvoir des petits clubs bien-pensants… Pouvoir d’un enfant sur ses parents, des parents sur les enfants, pouvoir de l’argent, pouvoir au sens d’une entreprise, de la paroisse…
Si tu veux être le premier dit Jésus, alors prends la dernière place… qui s’élève sera abaissé… Au soir même de la Cène, nous le méditerons au prochain Jeudi Saint, Jésus, Maître et Seigneur, passe le vêtement du serviteur et, à genoux, lave les pieds de ses disciples, comme un exemple que nous avons à vivre en mémoire du Christ. Devant qui nous mettons-nous à genoux ? À qui et à quoi faisons-nous allégeance ? Quels rapports entretenons-nous avec ceux qui nous entourent ? Comment sommes-nous vraiment serviteurs ? Pas seulement en paroles et en discours ou dans les belles idées que nous nous faisons de nous… mais en acte et en vérité.
Au mercredi des Cendres, Jésus nous l’a dit. Si tu veux partager ma victoire sur la mort, apprends à jeûner… apprends également à faire l’aumône. En faisant l’aumône, sans mépris, mais en t’impliquant dans le don que tu fais… en apprenant comme le Christ à donner ton corps et ton sang, à donner ce que tu es… alors celui qui t’es proche deviendras ton frère, ta sœur..

Puis le diable le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, d’ici jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi, à ses anges, l’ordre de te garder ; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui fit cette réponse : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »

Apprendre à maîtriser nos sens, nos pulsions et nos envies, apprendre à vivre d’une juste relation avec ceux qui nous entourent, voilà comment entrer dans la victoire du Christ. Mais cela n’est pas tout.. Le diable conduit Jésus à Jérusalem au sommet du Temple. Jérusalem, la ville de la Paix, le Temple, lieu où Dieu se donne, où l’homme répond à l’alliance que Dieu a conclu avec lui. Le diable est jusque là. Il s’insinue partout… il fait œuvre de division partout… Il utilise les Écritures… il les détourne comme le serpent déjà dans la Genèse…
Cette troisième tentation nous invite à nous poser une question importante…. qui est Dieu pour nous ? Quelles sont nos images de Dieu ? Que faisons-nous des Écritures ? Dieu est-il pour nous un distributeur automatique que nous mettons à l’épreuve de nos besoins ? Sa Parole est-elle à notre service ou bien cherchons-nous à nous mettre à son service ? Nous servons-nous de la Parole de Dieu pour justifier ce que nous pensons ou bien la Parole de Dieu est-elle légitime pour nous critiquer… pour critiquer ce que nous pensons, ce que nous vivons ? Comment prions-nous Dieu ? Je le prie à la veille d’un examen… je le prie pour obtenir ce que je veux…et s’il ne m’obéit pas… c’est qu’il n’existe pas.. c’est qu’il n’est pas un Dieu sur lequel je peux m’appuyer…. N’est-il pas vrai que nous prenons Dieu parfois pour une idole… que nous soyons croyant, un peu, beaucoup, à la folie ou pas du tout, n’est-il pas vrai qu’il nous arrive d’enfermer Dieu dans des images qui nous permettent finalement de mettre Dieu dans notre poche ou de le mettre de côté comme un accessoire plus ou moins utile… c’est-à-dire en faisant de Dieu un satellite de notre nombril toujours par trop narcissique et égocentrique…
Au mercredi des Cendres, Jésus nous a donné les armes pour résister à cette dernière tentation : la prière. Comment prions-nous ? Est-ce une forme de rabâchage comme les païens tel que le dénonce Jésus dans un autre passage d’évangile, ou bien est-ce le désir du cœur, d’entrer en relation avec Dieu qui est notre Père ? Prier, c’est apprendre à vivre en fils en présence et sous le regard de Dieu, c’est apprendre à découvrir que ceux qui nous entourent nous sont donnés par Dieu comme frères et sœurs.

L’évangile que nous méditons en ce premier dimanche de Carême nous donne à contempler le Christ vainqueur des tentations qui abîment notre humanité. Comment jeûnerons-nous ? Comment ferons-nous l’aumône ? Comment prierons-nous ? En un mot, pendant ces quarante prochains jours, comment nous laisserons-nous renouveler dans notre relation à Dieu, dans notre relation à ceux qui nous entourent, dans notre manière de vivre ? Comment mettrons-nous notre volonté, les désirs profonds de notre cœur, au service de la nouveauté du Christ ?

Prenons peut-être simplement le temps d’approfondir et de redécouvrir notre prière quotidienne du Notre Père…

« Ne nous soumets pas à la tentation… délivre nous du mal… »

Toi qui es notre Père donne-nous chaque jour le pain qui nourrit notre humanité, que ta volonté soit faite, apprends nous à la faire sur la terre en maîtrisant nos petits désirs égocentriques.
Oui Père, nous voulons vivre en fils et en frères, aide-nous à dépasser toutes nos résistances à ta volonté, donne-nous de vivre de la victoire du Christ, ne nous soumets pas à la tentation à toutes les tentations du cœur de l’homme, mais délivre-nous du mal par ta grâce. Amen !

+ Église Notre Dame de Cesson, 14 février 2016


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