Homélie du 15 novembre 2015

après les attentats du 13 novembre
par  Abbé Loïc Le Quellec
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textes de la liturgie du jour : Dn 12, 1-3 ; Ps 15 ; He 10, 11-14.18 ; Mc 13, 24-32

Frères et sœurs,chers amis,

depuis vendredi soir, nous sommes confrontés à l’horreur de la barbarie et de la violence. Aujourd’hui, de nombreuses familles sont en deuil. Aujourd’hui, la France compte et pleure ses morts. Dans nos cœurs, nous éprouvons une profonde émotion, de la tristesse, de l’incompréhension, de l’inquiétude, de la colère peut-être même. Nous nous sentons impuissants.
Les textes des Écritures que nous méditons ce dimanche rejoignent ce sentiment que nous éprouvons. Dans l’évangile et dans la première lecture, il est question d’une grande détresse. « En ces jours-là, dit Jésus, après une grande détresse, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ; les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. » (Mc 13, 24-25)
Déroulons l’image que Jésus nous propose. Si le soleil s’obscurcit, alors le jour se transforme en nuit. Si la lune, elle-même, ne donne plus sa clarté, alors la nuit devient noire. Si même les étoiles disparaissent, alors, la nuit devient profonde, il n’existe plus la moindre petite source de lumière.
Cette nuit profonde dont parle Jésus, est une image de ce qu’il nous arrive de traverser dans nos vies. Parfois, tout semble s’obscurcir autour de nous et en nous. Ce qui rend nos vies belles et lumineuses s’obscurcit. Nous traversons alors des heures sombres : deuils, divisions, violences de toute sorte, crimes, attentats. Tout semble s’effondrer autour de nous et en nous.
Au temps de Jésus, lorsque l’on part en voyage, on se repère grâce à l’emplacement du soleil, de la lune et des étoiles. Si aucun de ces astres n’éclairent plus, comment faire pour avancer, pour se projeter ? Comment faire pour trouver son chemin ? Il y a des situations angoissantes comme celles-là dans nos vies, des situations dans lesquelles on n’arrive plus à se repérer, à démêler le fil. Au surlendemain des attentats de Paris, nous éprouvons certainement quelque chose de tout cela.
Et pourtant, au plus profond de nous, il y a une certitude. Nous ne voulons pas répondre à la violence par la violence. Nous ne voulons pas céder aux logiques nauséabondes de la haine et du rejet de l’autre. Mais comment vivre ensemble dans une société où la violence frappe aveuglément ? Qu’en est-il de ces sources de lumière auxquelles nous sommes attachés et qui permettent de vivre ensemble au-delà de nos différences et de nos divergences : lumière de la fraternité, clarté de la dignité de tout être humain, myriades lumineuses de nos joies et de nos espérances ?

Au cœur de nos nuits, quelles qu’elles puissent être, le Christ nous invite à garder les yeux ouverts. « restez éveillés et priez » (Lc 21, 26) dit Jésus dans l’antienne de l’évangile. Puis il poursuit dans l’évangile de ce jour « Alors, on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et avec gloire. » (Mc 13, 26)

Au cœur de la nuit, au cœur de nos nuits, apparaît un nouveau repère. Ce repère, c’est le Fils de l’homme. Dans la tradition juive, le Fils de l’homme désigne Dieu lui-même venant au-devant des hommes. Ce Fils d’homme, à la suite des apôtres, nous le croyons, c’est Jésus, Dieu fait homme, venu vivre en ce monde. Lui qui rend la vue aux aveugles parce qu’il est la lumière du monde. Au cœur de la nuit, de toutes nos nuits, lorsque tous nos repères s’effondrent et que nous nous sentons impuissants, lorsqu’il semble difficile de trouver et de discerner un chemin qui construise et mette l’homme debout, il nous reste un signe lumineux, celui du Fils de l’homme, Jésus, Christ, Fils de Dieu.
Ce signe, c’est le signe de la croix. La croix des heures sombres qui brille de la lumière transfigurante du matin de Pâques. Le signe de la croix que nous traçons sur nous matin et soir lorsque nous prions, le signe de la croix présent dans nos maisons et sur le bord des routes nous le rappelle : en Jésus, son Fils, Dieu s’est livré à la nuit de la mort. Dieu est venu rejoindre l’homme là où l’homme a perdu tous ses repères d’humanité. Là où l’homme est impuissant. Dieu, en Jésus, son Fils, est venu mener un combat, celui de sa propre vie contre notre mort. À l’aurore du matin de Pâques, les femmes et les apôtres ont vu se lever un soleil nouveau : Le Christ ressuscité, vainqueur du tombeau.
Un chemin nouveau est devenu possible parce qu’un repère nouveau est donné à l’homme. La mort n’a pas eu le dernier mot. Les logiques sombres et obscures du mal et de la mort, qui divisent et abîment notre humanité n’ont pas triomphé du Christ et ne triompheront pas de nous. Par le baptême, nous avons accueilli cette Bonne Nouvelle comme une lumière. Nous sommes associés à la victoire du Christ. Au jour du baptême, nous partageons la lumière du cierge pascal allumé, ; signe lumineux du Christ dissipant les ténèbres et s’offrant à l’homme comme un repère par lequel l’homme peut vaincre tout ce qui abîme notre humanité et la tient esclave des logiques obscures du mal et de la mort.
Au-delà des nombreuses questions qui se bousculent dans nos cœurs et dans nos consciences, le Christ nous pose une question, une seule question : es-tu prêt à laisser ton baptême renouveler ta vie. Le baptême ce n’est pas une date de ton passé. Ton baptême, c’est ton présent. Qu’en fais-tu ? Oui frères et sœurs, sommes-nous prêts à laisser le Christ renouveler nos vies ? Sommes-nous prêts à vivre de notre baptême ? Posons nos yeux sur la croix, sur l’autel. De quelle lumière le Christ éclaire-t-il nos vies ? Nos relations ? Sommes-nous prêts à nous mettre en marche en prenant le Christ comme repère, quelles que soient nos angoisses, nos inquiétudes et nos sentiments d’impuissance ?
Dans quelques instants, le Fils de l’homme va venir à nous. Sa puissance et sa gloire ne s’imposent pas. En chaque eucharistie, Dieu nous dit que sa puissance et sa gloire n’ont rien à voir avec nos volontés de toute-puissance qui se servent du Nom de Dieu et le pervertissent. La gloire et la puissance de Dieu sont tout autres. Elles sont humbles et ce n’est pas une belle idée théorique ! Elles se sont manifestées dans le Christ. Elles se manifestent encore aujourd’hui dans la pauvreté d’un peu de pain et de vin. Et pourtant, cet acte dans lequel le Fils de l’homme se donne, s’abandonne et pardonne n’est-il pas lumineux ? Cet acte d’amour, ultime : c’est le Fils de l’homme qui vient avec puissance et grande gloire. Voilà notre repère ! Apprenons ensemble à marcher à cette lumière !

Le signe que le Christ nous donne est celui de son Corps et de son Sang, le signe non-violent du don de soi qui éclaire les nuits les plus obscures. Dans la nuit de nos impuissances, le Christ nous invite à ne pas céder à la peur, il nous invite à engager toutes nos forces à sa suite : « vous ferez cela en mémoire de moi. »

Frères et sœurs, prenons le temps du silence… posons les yeux sur le signe du Fils de l’homme qui vient à nous en se donnant, signe de la croix, de l’autel, du baptistère, de l’ambon, du cierge pascal… signe du pain et du vin, du Corps et du Sang livrés. Il nous donne à espérer que nous avons en nous les ressources de fraternité et d’amour que décuple la puissance de l’Esprit Saint pour traverser les heures sombres de notre humanité.

Contemplant le Christ qui se donne, redisons avec le psalmiste ce cri de confiance :
Oui, Seigneur tu m’apprends le chemin de la vie :devant ta face, débordement de joie !À ta droite, éternité de délices ! (Ps 15, 11)

Amen.
+ église saint Yves, 15 novembre 2015


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